C'est avec une émotion comparable à celle d'un humaniste italien du Quattocento découvrant au fond d'un monastère obscur, un codex perdu, oublié, ultime trace de l'oeuvre disparue d'un maître antique, que j'ai vu ressortir du fond du bouclard, monté improbablement sur une H2 un rien moisie, un rare et authentique frein LUCHIER :
Tout comme le fabuleux manuscrit "De la nature" de Lucrèce fut ainsi perdu, oublié, puis redécouvert avant de finalement influencer la Renaissance et la modernité des Lumières, nul doute que ce vestige mécanique des années 70 dû aux talents et au bon sens de l'artisan français Jean-Jacques Luchier, constitue l'avenir du freinage moto. Ceci d'autant plus que le brevet est maintenant sans doute tombé dans le domaine public.
Avec un surface de frottement très importante malgré un tout petit diamètre (110/160 mm), constituée par deux garnitures annulaires fixées sur deux plateaux de pression commandés chacun par un vérin annulaire axial, ce frein est autoéquilibré, notoirement plus "doux" parce que débarrassé des frottements parasitaires d'une scie circulaire entre deux plaquettes flottantes et d'une température de fonctionnement relativement faible. Cerise sur le gâteau, compte tenu de son nombre de pièces limité, il est mécaniquement plus simple à réaliser et donc en principe moins cher à produire. A l'heure où la mode custom fait des ravages dans le look moto, un petit moyeu efficace devrait avoir de beaux jours devant lui.
Si il est si bien que ça, pourquoi n'a t'il pas connu le succès ? Surtout qu'il est sorti à l'époque charnière où les freins à disques marchaient pas vraiment mieux qu'un tambour ! Difficile à dire précisément mais on peut penser que son principal défaut fut d'être né chez un artisan en France. Privé de débouchés "naturels" en première monte du fait de la disparition de la production moto nationale, il n'a pas pu avoir une assise industrielle susceptible de l'aider à pénétrer d'autres marchés. Quant à démarcher soi même des constructeurs ou équipementiers étrangers avec juste son petit brevet et quelques protos alors que l'on est un artisan autodidacte ... !!!
Imaginons cependant qu'un constructeur chinois un peu moins conformiste que la moyenne s'y intéresse et nous avons là sans nul doute, le frein du 21ème siècle.




