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vendredi 21 août 2015

Caution historique 2

Je ne sais pas trop si j'ai un droit ou pas de publication mais cet article de Cycle World est trop chou :
et puis, 1966,  il y a sans doute prescription.

Nota : Dans ce magazine il est très intéressant de trouver après une quadruple (!!!) page de publicité couleurs pour la Kawa 650 twin 4T, un article long et détaillé sur la situation de l'industrie de la moto et du sport moto au Japon.  On y apprend notamment que l'industrie moto japonaise a sorti sur les seuls six premiers mois de l'année 1966 rien moins que 1 110 545 motos et 14 806 scooters (alors que l'industrie moto britannique ne produira sur toute l'année 66 qu'un peu moins de 95 000 unités; ndlr)  dont 609 192 seront exportés, dont 70 % aux USA (où s'amorce le boum de la moto avec en cette année 66 une multiplication par 3 des immatriculations ; ndlr). On découvre aussi dans cet article la force incroyable d'un sport moto nippon très structuré et développé d'où les machines étrangères sont quasiment exclues.  

Bref ce numéro anodin d'une revue grand public contient de façon explicite tous les ferments de ce qui dans les dix ans couler l'industrie moto britannique. Les patriarches de l'industrie moto de sa majesté ne pouvaient donc pas dire qu'ils n'avaient pas vu venir le coup !

vendredi 28 mars 2014

De profondis

Dans les notes du livre "The strange death of the british motorcycle industry" de Steve Koerner, on trouve un petit tableau tout bête que je vais me permettre d'agrémenter de quelques photos parlantes afin d'illustrer une comparaison très objective de ce qui se vendait en 1971 sur le marché américain, marché ô combien vital pour les marques britanniques :
 
L'intérêt de cette comparaison porte sur trois machines de même cylindrée, de conception et de performances franchement similaires, vendues au même moment :
La Triumph T120 1971 : 1 579 $

La BSA A65 Lightning 1971 : 1 474 $
 
La Yamaha XS 1 1971: 1 295 $
 
Sachant que le salaire moyen mensuel d'un jeune américain était à l'époque de 1200/1250 $, qu'auriez vous choisi à a place ? Certes la Yamaha a des Yokohama glissouillants et des amortos encore plus pompe à vélo que ceux de ses concurrents mais elle a aussi un arbre à cames en tête, de vrais câbles, un circuit électrique d'un autre monde. Enfin comment expliquer un écart de prix paradoxal de l'ordre de + 20% entre des engins de conception déjà ancienne (au moins pour le moteur) pour lesquels le développement et l'outillage sont amortis depuis (très) longtemps et la Yamaha de conception ultra récente qui de plus, en étant la première grosse cylindrée et le premier 4T du constructeur n'a pu bénéficier d'aucun recyclage en matière de développement ou de production.
 
Comme le démontrait le lucide et hélas trop tardif audit de Boston consulting en 1975, la stratégie invariante des constructeurs britanniques qui de tout temps les maintenait enfermés dans le créneau des grosses cylindrées à destination principale de l'export, touchait là à ses ultimes limites.
 

vendredi 14 mars 2014

Aventures et frissons

Deux ouvrages très intéressants, sortis récemment, sur un thème qui m'a toujours passionné ; la disparition de l'industrie motocycliste britannique dans les années 70/80. 

Ces deux  publications, fondées sur de vrais travaux de recherche, ont ceci d'intéressant qu'elles replacent ce sujet intriguant dans un contexte historique, politique, économique infiniment plus large que  ce qui fut fait jusqu'à présent. C'est un éclairage supplémentaire qui vient relativiser la portée d'ouvrages précédents  qui du coup en devienne plus anecdotiques; celui de Bert Hopwood "Whatever happened to the british motorcycle industry" et celui de John Rosamond sur la coopérative ouvrière de l'usine Triumph de Meriden.
En effet dans ces deux publications plus anciennes, ressort vaguement l'idée que quelque chose était encore jouable, qu'avec un peu plus de jugeote  et/ou de chance, la grande cause du vertical twin aurait pu encore durer. A la lecture des deux ouvrages récents, on en tire la conclusion, qu'hélas, la messe été déjà dite depuis bien plus longtemps qu'on aurait pu le penser.
 
Paradoxalement le premier de ces deux nouveaux ouvrages  parle peu de l'industrie moto mais il replace son déclin et sa disparition dans un contexte général, quoique britannique, limite hallucinant. S'il ramène le drame (certes majeur pour l'honnête  motocycliste) de la disparition de l'industrie motocycliste aux dimensions d'un joyeux marivaudage quasi sans conséquence, il permet de comprendre comment et pourquoi cette industrie ne pouvait qu'être incapable d'attirer soutiens financiers extérieurs et appuis politiques tant ses problèmes semblent mineurs au milieu d'un inimaginable et terrifiant maelstrom de faillites industrielles en tout genre.
Le deuxième ouvrage ne parle lui que de l'industrie motocycliste britannique, à la fois dans son ensemble et en détail pour ses principales marques ; BSA, AMC, Triumph, Norton .... A la lecture on comprend que les causes de la disparition de la fin des années 70 sont structurellement déjà là depuis les années 30.  Qu'il a fallu une succession de 'coups de chance" totalement  extérieurs à cette industrie ; la guerre et sa préparation jusqu'en 45, le no man' land concurrentiel issu de la guerre jusqu'en 56, l'émergence de marché américain jusqu'en 70, pour lui accorder des périodes de rémission jusqu'au coup de grâce final que lui portera la concurrence japonaise presque sans l'avoir vraiment cherché.
 
Bref je vous les recommande.

dimanche 21 juillet 2013

Lecture rare

Dans la série des livres sur Harley, généralement pitoyables, il y a peu d'exceptions et celle-ci en est une notable !
L'auteur fut un ponte de Harley de 1977 à 2002, en charge du marketing et dans ce petit bouquin sorti cette année, il dévoile de façon très pragmatique et très intéressante les stratégies commerciales de Harley pour d'abord sortir de la banqueroute quasi mortelle de 1981 puis pour se développer. Une phrase résume son action pendant toutes ces années :
"At Harley, the sale truly begins after the sale"

Attention, ce n'est pas un livre technique ou même un livre sur la moto, c'est  essentiellement un livre sur le développement marketing d'une marque qui se trouve être de motos. Je ne me souviens même plus si le terme "V twin" est utilisé ne serait-ce qu'une fois, aucun nom de modèle .... Il est par  contre beaucoup question de T-shirts, de blousons, d'expos, de rallies, de comment fidéliser un client, d'en faire une sorte d'addict qui vit, pense Harley et (très) accessoirement roule un peu avec ... quasiment rien sur la course, si ce n'est pour expliquer pourquoi les pilotes et le team doivent avoir un comportement "corporate" !!! En fait ce livre est l'exact reflet de la boutique Harley en bas de chez vous et  vous explique pourquoi, elle et toutes les autres, sont agencées comme ça.

Ce livre est malgré tout très intéressant car c'est le reflet très rare, de l'intérieur, à bon niveau, du management général (à l'exclusion de la technique) d'une marque de motos.

Note personnelle  : J'avoue sincèrement que pour moi les marche-pieds et le feet-first sont contre nature, que je n'ai jamais compris la fierté qu'il y a à s'exhiber sur une "queue molle", que je n'ai jamais vu dans 1340 autre chose que l'affichage candide et irréel du poids; 1300, et des chevaux; 40. Je ne comprends pas l’intérêt d'être enHDisé jusqu'au derche pas plus que je ne comprends l'obscène paradoxe à s'afficher dans un vulgaire et insignifiant uniforme de rebelle ! Bref, tout chez le HD de Clyde Fessler est pour moi à l'exact opposé de ma conception de la moto. Aussi après cette lecture, je ne peux m’empêcher de penser que seuls  les petits T-shirts noirs, les petits blousons ont contribué à sauver une marque qui s'était techniquement autodétruite de part son absence de créativité et son manque de qualité. Quand je réalise que sans ce prophète de malheur, le monde a été tout proche d'être débarrassé de ces enclumes bouffies, le tout au moment même où Triumph sombrait définitivement, je me dis que, vraiment, Dieu n'existe pas !

samedi 18 février 2012

Lectures édifiantes

Vous sachant naturellement curieux, voire avide de connaissances nouvelles, je me permets de signaler à votre attention un petit ouvrage extrèmement intéressant :
Bien que, contrairement à ce que sa couverture pouvait laisser supposer, on ne trouve pas grand chose dedans sur les mille et un développements improbables et rigolos dont regorge l'histoire de la mécanique, cet ouvrage revient plaisamment sur quelques combats technologiques;  VHS vs Bétamax, CD vs Vynile, Polaroid vs Kodak, Withworth vs Sellers... C'est aussi l'occasion de découvrir le long chemin de croix qu'ont dû emprunter certaines technologies hyper connues comme le fax, technologiquement "parfait" dès 1856, pour au final ne réussir qu'à passer presque directement du stade de mort-vivant à celui de fossile. L'auteur revient également sur le concept de standard au travers du paradoxe du clavier AZERTY, apport contestable et contesté du 52 ème inventeur de la machine à écrire tant il est peu naturel et difficile à mémoriser, qui a pourtant résisté depuis 1860 à toutes les évolutions jusqu'à en devenir irréversible alors que les éléments ayant présidé à son élaboration ont disparu depuis longtemps.
Vous l'avez compris, le principal intéret de ce livre est qu'il conduit son lecteur à s'interroger sur le grand mythe du Darwinisme technologique qui nous pousse à toujours présupposer que le processus d'innovation va de l'avant, tire les leçons de ses erreurs et se renforce constamment. Une sorte de "plus qu'hier, moins que demain" technologique, sorte de vérité immanente dont il est particulièrement aisé de voir l'importance et l'évidence dans la communication commerciale de l'industrie des transports.

Sur un sujet connexe, pour ceux qui s'intéresent à nos chers "technosaures" à deux roues britanniques et qui s'interrogent sur leur disparition, je conseille la lecture comparée et dès lors édifiante de ces passionnants ouvrages :
Pour les fainéants ou les handicapés d'Amazon, je tiens à votre disposition un petit essai personnel sur la disparition de l'industie motocycliste britannique. Il vous suffira de le réclamer par mail et je me ferai une joie de vous l'envoyer (fichier word).